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REGA - INTERVIEW : LE PILOTE D'HELICOPTERE
WALTER SCHNEIBEL NOUS PARLE
DES MISSIONS NOCTURNES

Auparavant exceptionnelles, les missions nocturnes font désormais partie du quotidien des équipes de la Rega. Nous nous sommes entretenus avec le pilote d’hélicoptère Walter Schneibel, responsable à la Rega de la formation aux vols de nuit.

REGA
(Photo REGA)
Walter Schneibel : « La nuit, il faut faire preuve d’une extrême vigilance, car même avec les meilleurs moyens techniques, on ne verra jamais comme en plein jour. »

 

Vous effectuez depuis 26 ans des opérations de sauvetage pour la Rega. Vous souvenez-vous de votre première mission nocturne ?

Je m’en souviens tout à fait, car j’avais été très impressionné par cette opération menée sans JVN (jumelles de vision nocturne), qui n’existaient pas à l’époque. A peine quelques jours après avoir commencé à voler à la Rega, j’ai effectué ma première mission nocturne avec l’équipage de la base lausannoise dans une région que je ne connaissais pas de nuit. Il nous fallait transférer un patient de l’hôpital régional de Riaz vers le CHUV de Lausanne. J’étais ravi de relever ce défi. Bien que jeune pilote, je me sentais en confiance car j’étais assisté par un sauveteur professionnel expérimenté.

Comment faisait-on à l’époque pour s’orienter dans le noir ?

Avant le lancement de l’opération, nous devions déterminer à l’aide d’une carte l’itinéraire de vol, l’altitude minimale ainsi que la distance et la durée du vol. Suivant le niveau d’obscurité, nous nous focalisions, lors de la préparation du vol, sur les sources lumineuses artificielles constituant des points fixes, comme les localités d’une certaine importance, la topographie, une antenne éclairée ou une autoroute.

Les vols de nuit ne s’accompagnent-ils pas d’une certaine appréhension ?

Non. Dès ma première mission, mon manque de connaissance de la région a été compensé par l’expérience du sauveteur professionnel qui se trouvait à mes côtés. De manière générale, l’expérience contribue à la sécurité. C’est pourquoi même aujourd’hui, il est indispensable que le pilote ou le sauveteur professionnel connaisse bien le terrain. La connaissance d’une région de jour ne peut toutefois pas être transposée telle quelle lors d’une mission nocturne, car la nuit, on n’a pas la même perception des lieux que la journée. Un bâtiment qui passe inaperçu le jour peut servir la nuit de point de navigation idéal s’il bénéficie d’un bon éclairage. Lors d’un vol de nuit, on découvre ainsi des choses qu’on ne remarque pas le jour. Alors que les antennes éclairées figurent sur les cartes des obstacles à la navigation aérienne, il est possible, lorsqu’on dispose d’une certaine expérience, d’utiliser d’autres sources lumineuses artificielles pour s’orienter, comme les éclairages des passages souterrains, qui servent de points de référence.

Existait-il déjà, à l’époque, des équipements techniques qui facilitaient les vols dans l’obscurité ?

Le phare de recherche « Spectrolab » SX-16 faisait partie de l’équipement standard de l’Alouette III pour les missions de nuit. Aujourd’hui, il continue à rendre de précieux services et équipe notamment les hélicoptères de type Eurocopter EC145 et Agusta A109 K2.

En tant que pilote de la Rega, vous avez eu une influence marquante sur la formation et l’équipement. À quand remonte l’utilisation des premières jumelles de vision nocturne ?

Il y a une vingtaine d’années, j’avais lu par hasard dans une revue spécialisée britannique un article sur l’utilisation militaire d’amplificateurs de luminosité résiduelle. Le pilote en chef de l’époque a rapidement autorisé les premiers vols d’essai avec ces JVN de troisième génération, très performantes. La phase d’essai s’est si bien déroulée que la Rega a décidé d’équiper toutes ses bases un an plus tard. Aujourd’hui, je ne pourrais plus m’imaginer voler sans ces instruments optiques, même si l’amplificateur de lumière ne constitue qu’un complément et que nos directives internes ne nous permettent d’envisager un vol de nuit que s’il est possible de l’effectuer sans JVN. L’appareil de cartographie numérique assisté par satellite constitue une autre aide précieuse.

Peut-on dire que grâce à ces progrès techniques, les pilotes voient pour ainsi dire aussi bien la nuit que le jour ?

Auparavant, la pénétration involontaire dans un nuage et l’appréciation des conditions météo nous posaient un réel problème. Aujourd’hui, grâce aux webcams, aux cartes et images météo animées par Internet, nous disposons de données météorologiques très fiables. Les JVN nous permettent aussi de mieux évaluer les conditions météo durant le vol. Néanmoins, la nuit il convient de faire preuve d’une extrême vigilance, car même avec les meilleurs moyens techniques, on n’y verra jamais comme en plein jour.


Article de Thomas KENNER, paru dans le Magazine des donateurs de la REGA 1414 de novembre 2007

Remerciements à la REGA
pour son autorisation de publication

 

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Dernière mise à jour de cette page le 3 février 2008
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